Nous n’affichons plus de nouveaux textes dans ce blogue, mais l’aventure du Musée canadien de la nature ne s’arrête pas là. Vous pouvez continuer à lire ces auteurs, et bien d’autres employés du Musée, dans notre nouveau blogue à cette adresse :
http://museecanadiendelanature.wordpress.com/
On estime que certains des coraux observés par le ROPOS sont plusieurs fois centenaires. Contrairement à de nombreux vrais coraux qui forment des récifs dans les régions tropicales, les coraux d’eau froide ne cessent de croître avec l’âge. Quand on détruit une de ces forêts coralliennes, par exemple avec le chalutage, il faut attendre plusieurs siècles pour qu’elle se reconstitue. Il fut un temps (peut-être cent ans), ces forêts de coraux couvraient probablement une part importante de nos bancs de pêche jadis si productifs. Nous pensons aujourd’hui que ces habitats sont indispensables à plusieurs espèces de poissons à certains stades de leur cycle vital. Cela expliquerait pourquoi quelques espèces ne récupèrent pas de la pêche excessive aussi vite que nous l’espérions. Non seulement avons-nous réduit considérablement leurs populations avec nos attirails de chalutage, mais nous avons aussi détruit un habitat indispensable à leur croissance.

Une gorgone non identifiée, peut-être d’une espèce d’Acanthogorgia. Elle est entourée par une multitude d’éponges, d’autres coraux plus petits et d’anémones. Cette gorgone n’a pas été collectée et gardera donc tout son mystère. Ce cas illustre la difficulté à laquelle sont confrontés les scientifiques qui doivent faire des choix pour concilier les différents objectifs d’un programme de recherche. (Bonnet flamand, site 6) © MPO/ROPOS
La question des effets des activités humaines prend ici toute son importance. Pour l’heure, on peut espérer que ces riches communautés des fonds marins continueront de demeurer à l’abri du chalutage en eau profonde. Toutefois, la diminution des stocks sur le plateau continental incite de plus en plus les pêcheurs à se tourner vers les eaux plus profondes.
Mais les forages en eau profonde des explorations pétrolières représentent sans doute la menace la plus imminente pour ces fragiles communautés. La catastrophe du golfe du Mexique a mis en lumière notre incapacité de contenir une fuite de puits de pétrole en eau profonde. Pourtant l’exploration pétrolière dans le bassin Orphan, immédiatement à l’ouest d’Orphan Knoll, est devenue réalité. Et à cet endroit, la profondeur atteint 2600 mètres, soit environ 1000 mètres de plus que dans le golfe du Mexique. De nombreux visiteurs ont soulevé ce problème et se sont demandé si on était prêt à prendre de tels risques juste pour du pétrole? Je me le demande aussi…
Pour en savoir plus sur cette croisière scientifique, consultez le blogue Hudson 029 2010 Cruise blog (en anglais seulement) et visionnez les impressionnantes photos haute résolution.
J’ai été surpris par le nombre impressionnant d’espèces qui n’ont pu être identifiées sur-le-champ. Il est toutefois encore trop tôt pour connaître le nombre exact de nouvelles espèces découvertes au cours de cette expédition.

Il s’agit peut-être ici d’une nouvelle espèce de corail bambou (Isididae) tout près d’une éponge siliceuse (Rossellidae: Crateromorpha?). (Orphan Knoll, site 1) © MPO/ROPOS
Les chercheurs n’ont pu évidemment collecter tout ce qu’ils voyaient mais, à vue de nez, j’estime que la moitié des espèces pourraient être entièrement nouvelles ou se trouver hors de leur aire de distribution connue.

Ce spécimen pourrait être une nouvelle espèce de Keratoisis qui se ramifie parmi et même à travers les éponges (Porifera). Les ophiures (Ophiuroidea) et les crevettes (pouvez-vous repérer ce crustacé?) profitent de l’habitat biogène ainsi créé. (Bonnet flamand, site 6) © MPO/ROPOS
L’équipe de chercheurs examinera également la multitude de photos d’animaux des profondeurs : poissons, calmars, poulpes et autres organismes bathypélagiques (animaux qui nagent au dessus du fond) qui n’ont pu être collectés parce qu’ils se sauvent souvent rapidement devant la caméra. Et tout le monde se souvient de ce magnifique poulpe avec ses yeux énormes (sans doute Graneledone verrucosa) qui a fait les manchettes dans le monde entier.
Une faune riche et colorée
L’observation la plus étonnante a été la fabuleuse quantité d’organismes couvrant le fond marin et les couleurs qu’ils arborent. Avec l’obscurité totale qui règne à de telles profondeurs, la nature n’exerce aucune pression en faveur des couleurs. Celles-ci existent pourtant!

Un fond rocheux peuplé de diverses éponges (Porifera), de coraux mous appartenant au genre Anthomastus, ainsi que d’une étoile mer Brisingida avec ses nombreux bras (Asteroidea: Brisingida). (Bonnet flamand, plongée 3) © MPO/ROPOS
Les aliments sont plus limités ici que près de la surface mais il semble que beaucoup de nutriments tombent au fond pour nourrir cette riche faune. Ceci a étonné la plupart des visiteurs. C’était intéressant de voir plusieurs d’entre eux prendre conscience que ces fonds marins n’étaient pas déserts.
Différents substrats, différents organismes
Dans les blogues précédents, nous avons vu que les fonds rocheux abritent souvent une incroyable diversité. Bien que visuellement moins évident, la situation n’est pas si différente sur les sédiments meubles.

Le pélagique lophogastride Neognathophausia gigas nage devant une paroi rocheuse où se trouvent des éponges (Porifera) et Desmophyllum dianthus, des coraux solitaires scléractiniens (Bonnet flamand, plongée 2) © MPO/ROPOS
Les caméras du ROPOS ne révèlent malheureusement que la mégafaune la plus visible à la surface des sédiments ou tout près. Les carottes de sédiments prélevées à l’aide d’un des bras du ROPOS fourniront des renseignements supplémentaires lorsque les chercheurs les analyseront en laboratoire. De nombreuses espèces de vers marins (polychètes) et de petits crustacés (amphipodes et isopodes) sont souvent les éléments dominants des communautés de ces sédiments meubles. Il s’agit des groupes que j’étudie le plus.

Une espèce peut-être nouvelle de ver entéropneuste (Hemichordata). Il se déplace lentement sur les sédiments meubles tout en ingérant la boue par sa bouche cachée sous une trompe en forme de fleur. Il laisse derrière lui une longue traînée dans les sédiments qu’il a ainsi nettoyés. (Orphan Knoll, site 1) © MPO/ROPOS
Après plusieurs jours de contact avec les visiteurs du Musée et de communication avec l’équipe de recherche à bord du NGCC Hudson, je suis enthousiasmé par les réactions et les discussions qu’ont suscitées ces images. J’ai le sentiment que beaucoup de visiteurs ont pris conscience de la part importante qu’occupe cette riche faune des profondeurs dans notre environnement naturel et de la nécessité de la préserver.
Dans mon dernier blogue, j’aborderai le sérieux sujet des menaces qui pèsent sur les habitats et la biodiversité.
Nous avons présenté plus de 30 heures de vidéo. Comme le ROPOS est muni de caméras haute définition, il est possible d’examiner les fonds marins et leurs habitants dans le plus grand détail, pas tant dans la vidéo en raison des limites imposées par la transmission mais dans les images fixes, comme en témoignent ces exemples (photos de haute résolution).
Un des aspects sur lesquels j’ai attiré l’attention des visiteurs est l’observation des habitats non touchés par l’humain; certains d’entre eux comprennent une abondance de coraux d’eau froide dont, de par leur apparence, forment ce qu’on appelle des « forêts coralliennes ». Celles-ci, souvent en association avec une vaste diversité d’éponges, abritent une multitude d’espèces, dont des anémones, des étoiles de mer, des poissons et d’autres organismes des fonds marins. J’aborderai l’importance de ces forêts dans un prochain blogue.

Une gorgone Paramuricea avec plusieurs anémones (Hormathiidae: Amphianthus?) fixées à ses branches et, sur le fond marin, des éponges, une anémone plus grosse (contractée) et des étoiles de mer. (Bonnet flamand, plongée 1) © MPO/ROPOS
Le ROPOS est aussi équipé d’instruments spéciaux comme ses deux bras hydrauliques et son marteau perforateur grâce auxquels les scientifiques peuvent collecter des animaux et des roches. Il faut beaucoup d’adresse pour se servir de cet équipement de pointe.

Les bras de ROPOS recueillent, en vue d’une étude sur la reproduction, un spécimen de la gorgone Acanella arbuscula, une des plus petites espèces et l’une des plus communes parmi les coraux-bambous. (Bonnet flamand, plongée 1) © MPO/ROPOS
Dans le prochain blogue, nous constaterons qu’un travail de laboratoire énorme attend les chercheurs.
Le 8 juillet 2010, une équipe multidisciplinaire a quitté le port d’Halifax pour une mission qui consistait notamment à explorer une région jamais visitée auparavant : le fond océanique des grandes profondeurs. Pour atteindre les grands fonds au large du plateau continental de la côte Est du Canada, ces scientifiques marins ont eu recours à un véhicule contrôlé à distance baptisé ROPOS.
Je m’appelle Jean-Marc Gagnon et suis gestionnaire en chef de la collection des invertébrés au Musée canadien de la nature. J’étudie les communautés marines des fonds meubles depuis plusieurs années, donc les vidéos en direct prises lors de cette exploration m’intéressent beaucoup.
J’ai pensé que cette expérience ne manquerait de plaire au public. Je me suis donc organisé avec l’équipe de scientifiques pour recevoir en direct par satellite et Internet les séquences vidéo prises par le submersible et pour les présenter à la Galerie Eau Bleue RBC du Musée canadien de la nature. J’ai assuré l’interprétation sur les lieux et ai communiqué régulièrement avec l’équipage scientifique du navire grâce à Skype.

Itinéraire original de l’expédition au large de la côte est du Canada à bord du NGCC Hudson. L’exploration du site 5 (Tobin’s Point) a été annulée en raison d’une succession de retards imprévus. © MPO
Au cours de leur croisière scientifique de 21 jours, l’équipe a exploré trois régions : Le Goulet, au large du Plateau néo-écossais, le Bonnet flamand, à la pointe du Grand Banc de Terre-Neuve, et l’Orphan Knoll, au nord-est du Grand Banc. Au musée, on a surtout présenté les vidéos provenant du Bonnet flamand et de l’Orphan Knoll. La plupart des plongées ont été effectuées à des profondeurs allant de 2000 à 3000 mètres le long du talus continental.
Dans le prochain blogue, nous observerons les communautés peuplant ces eaux profondes.
Maintenant que la partie principale de la galerie est installée, il est temps de l’aménager avec les autres éléments importants de la galerie. Même si Tallulah était l’élément le plus compliqué à installer, il y a une panoplie d’autres petits aspects de la galerie qui peuvent présenter des défis aussi grands. Le focus doit alors être à des centaines de places en même temps au lieu d’être simplement autour de Tallulah et de ses os. Un des projets sur lesquels travaille maintenant l’équipe des expositions est l’installation de modèles géants de divers animaux marins tels que l’espadon, le requin, le beluga et le môle (poisson lune). De plus, ils font des essais de sons pour les différents systèmes, ils installent des vitrines tout autour de Tallulah qui montreront plusieurs spécimens aquatiques (en plus d’être éducatifs, ces dernières serviront de barrière entre le public et Tallulah, pour tous ceux qui seraient tentés de la toucher) et ils accrochent plusieurs panneaux d’information. Bref, ils ajoutent peu à peu les éléments entourant la pièce de résistance, notre belle baleine. Dans la dernière semaine, il y a eu énormément de progrès dans la galerie de l’Eau et tout commence tranquillement à se mettre en place pour enfin arriver au produit final. Cela est une très bonne chose puisqu’il reste moins de deux mois avant la réouverture. C’est le sprint final!!
En plus de notre merveilleuse Tallulah et de nos deux aquariums, il y aura un vivarium avec deux adorables tortues ponctuées. Ces tortues nous sont venues de l’Éco-Centre de Montréal. Ces tortues, qui peuvent vivre très longtemps, sont fascinantes. Lors de ma visite au centre des soins pour animaux vivants, j’ai remarqué qu’une des tortues était en train de se faire bronzer, sous la lampe. Eh bien, elle ne se faisait pas du tout bronzer, elle digérait! En effet, lorsqu’elles mangent, elles doivent se mettre au soleil afin de digérer la nourriture qu’elles ont ingérée. Elles métabolisent leur nourriture. Assez unique comme processus!
Le vivarium dans lequel elles vivront est maintenant en construction. Tout comme la construction d’une maison, il y a des étapes à suivre. D’abord, il faut trouver la bonne grandeur pour les deux tortues. Ensuite, à l’aide de différents matériaux, il faut modeler une fondation qui leur sera confortable. Enfin, on y ajoute tous les éléments naturels qui feront en sorte que les tortues se sentent comme dans leur habitat naturel. De plus, lors de la construction du vivarium, nos techniciens voulaient s’assurer que tous les éléments nécessaires, incluant la lampe, soient inclus dans le vivarium afin d’éviter toute obstruction au dessus de celui-ci. Ci-dessous, il y a une photo de ce à quoi ressemble le vivarium maintenant, il faudra attendre un peu et nous allons voir tout le progrès fait par nos techniciens!
Tous les efforts des concepteurs de l’exposition de l’Eau ont enfin porté fruit ! Tallulah est enfin assemblée complètement dans un seul endroit et elle est spectaculaire. L’effet « wow » voulu par les concepteurs est complètement réussi. À elle seule, elle est devenue la pièce centrale d’une galerie, qui sera, à mon avis, inoubliable. À vous d’en juger, après le 22 mai, lorsqu’il vous sera possible de venir la visiter !
Maintenant que toutes les pièces sont dans la galerie, il est temps de mettre chacun des éléments ensemble. Même pour les personnes travaillant sur l’exposition, cette perspective est très excitante puisque ce sera la première fois que la baleine sera assemblée dans une seule salle. Ce processus est assez long. En y allant petit bout, par petit bout, le tout se déroule quand même très bien. Comme n’importe quel projet, il a certains petits accrochages. D’abord, lors de la suspension de certaines vertèbres, les fils les soutenant ont dû être déplacés afin d’assurer un meilleur soutien. La difficulté est que, parfois, il faut déplacer plusieurs fils à la fois, donc cela demande beaucoup de coordination et de travail d’équipe. Étant donné que Tallulah s’est échouée sur une plage, il n’a pas été possible de retrouver l’ensemble de son squelette. Par contre, un très grand pourcentage de ses os fut retrouvé, entre 90 et 95%, ce qui est énorme pour un squelette de sa grandeur.
Les os qui manquaient ont alors été remplacés par des modèles qu’ont construit nos techniciens de l’exposition. Il manquait quelques côtes, des vertèbres et un os nasal. À vous de voir, si vous allez être capable de faire la différence lors de votre visite!
L’assemblage du squelette se fait étape par étape. Ils ont commencé avec le crâne qu’ils ont mis sur un support (qui sera en grande partie dissimulé à l’aide de panneaux d’information). Vu que le reste du squelette est accroché au plafond, il est normal de se demander pourquoi le crâne ne l’est pas. La raison est pourtant relativement simple, il est trop lourd pour être suspendu! Comme il est possible de remarquer, le crâne est en deux morceaux. Cela s’explique par le fait qu’elle avait seulement entre 4 et 6 ans lorsqu’elle est décédée, son crâne n’a donc pas eu le temps de se fusionner complètement. Cela s’est révélé être une très bonne nouvelle lorsqu’ils ont déménagé les os. Imaginez-vous en train d’essayer de déplacer un crâne de cette grandeur! Après ils sont passés aux vertèbres qu’ils accrochaient du plafond. Ensuite, ils auront à mettre les côtes. D’abord, ils ont construit un support sur lequel les accrocher afin qu’elles ne bougent pas. Celles-ci ont été pré-percées afin qu’elles entrent parfaitement sur le support et elles ont des petits crochets pour l’accrocher à sa colonne vertébrale. Le tout s’en vient très rapidement. Ne manquez pas les prochains articles, car il y aura très bientôt des photos de Tallulah complète !
Saviez-vous que? Si Tallulah avait un bébé, il serait environ de la grosseur d’une mini-fourgonnette! Ce n’est pas un petit bébé!!
Notre technicienne aux soins des animaux a eu une petite surprise lorsqu’elle est allée prendre soin de nos petits amis dans l’aquarium d’eau douce. En effet, sur le côté des prédateurs, elle a trouvé des œufs de poissons. Il y avait deux espèces différentes. Notre technicienne a été capable d’identifier une des deux espèces. Les œufs de couleur un peu plus crème et en spirale sont des œufs de perchaude. Lorsqu’elle les a vus, elle a décidé de les changer de côté afin de les protéger. En les mettant avec les poissons plus dociles, elle croyait les mettre à l’abri contre tout danger. Cependant, lorsqu’elle est retournée, un peu plus tard, un de nos « gentils poissons » était en train de grignoter les petits œufs. Elle a donc entrepris de les déménager dans un petit panier flottant, en les mettant ainsi à l’abri. Il ne reste maintenant qu’à attendre et voir ce qui arrivera avec ces œufs.
Le fait que les poissons se sont accouplés montre que l’écosystème de l’aquarium est très bien développé. Cela est une très bonne nouvelle, cela veut dire que les poissons se sentent à la maison et qu’ils sont dans un environnement confortable et sécurisant pour eux. Bref, nous savons maintenant que nos petits poissons se sont bien adaptés dans leur nouveau domicile!










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