Archive mensuelle pour juin 2009.

Je me rends de temps à autre dans le module des collections pour voir quels spécimens intéressants les spécialistes préparent en vue de la galerie. Voici mes dernières découvertes.

Judith Price, gestionnaire adjointe de la collection des invertébrés, m’a donné les renseignements suivants sur quelques fascinants spécimens.

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Cancer magister
Crabe dormeur
CMNC 2004-6024
Bien qu’il figure sur les menus sous le nom de crabe dormeur, cet animal possède un nom scientifique tiré du zodiaque : le cancer, qui signifie le crabe. Ce spécimen a été collecté en 1908 à la baie Departure, près de Nanaimo, en Colombie-Britannique. Comme beaucoup de spécimens de l’époque destinés aux musées, il a été séché puis bourré de fibres de coton et monté avec un fil de fer pour lui donner une pose vivante. C’est un bon spécimen pour les expositions. Il pourrait même être plus utile aux chercheurs actuels qui s’intéressent à l’ADN qu’un animal plus récent préparé au formaldéhyde ou à l’éthanol!

L’élaboration d’une exposition itinérante a ses propres exigences, la principale étant précisément qu’elle doit être mobile! On doit pouvoir facilement en monter et démonter les éléments, les placer dans des caisses et les expédier. Enfin, les spécimens doivent être solides. Voilà qui n’est pas aisé quand il s’agit de spécimens préservés dans des liquides — ou spécimens en bocal comme on les appelle souvent. Les liquides utilisés pour les conserver nécessitent des précautions spéciales qui compliquent énormément le transport d’une exposition itinérante. D’un autre côté, exclure ces « bocaux » priverait les visiteurs des spécimens les plus intéressants et d’une expérience inoubliable. Alors quoi faire?

Judith Price, gestionnaire adjointe de la collection des invertébrés du Musée canadien de la nature a peut-être trouvé une solution. Elle vient de tenter des expériences avec ces spécimens : elle en a lyophilisés et a obtenu des résultats incroyables. La couleur manquait comme avec tout spécimen préservé dans une solution, mais la texture était surprenante par son détail.

Judith explique son expérience.

On préserve la plupart des spécimens invertébrés des collections scientifiques à des fins d’étude en les immergeant dans une solution d’alcool ou d’autres substances. Malheureusement, ces liquides sont le plus souvent inflammables de sorte que le service des incendies fixe des limites de sécurité quant à la quantité de ces produits pouvant être utilisée dans un espace public comme la Galerie de l’eau ou une exposition itinérante. Nous avons essayé de lyophiliser certains spécimens afin de voir s’il n’existait pas un meilleur moyen de présenter la diversité de la vie aquatique. Comme les spécimens préservés perdent les couleurs qu’ils arboraient vivants pour prendre une teinte rose fade, cela nous permettrait aussi de les colorer et de leur redonner ainsi un peu de vie en vue de les utiliser dans des dioramas.

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Notre lyophilisateur est surtout utilisé par les chercheurs s’intéressant aux diatomées, ces plantes unicellulaires présentant une coquille siliceuse. Paul Hamilton, un de nos botanistes, a appris à Jean-Marc Gagnon et à moi-même à faire fonctionner la machine (il prétend que c’est facile mais tel n’est pas mon avis!)

Pour le premier essai, Jean-Marc a choisi dans notre collection quelques invertébrés de différentes tailles et de fragilité diverse : des crustacés de taille petite et moyenne (groupe comprenant les homards et les crabes), un ver marin du genre Glycera, quelques petites étoiles de mer et deux petits concombres de mer avec la partie buccale exposée. Ces derniers constituent un bon test de stabilité des tissus mous étant donné leur fragilité.

Nous avons fixé avec de la cire les animaux les plus mous au fond d’un récipient de verre puis les avons couverts d’eau. Ceci avait pour but de leur fournir un support et de réduire la surface de rétrécissement. Puis nous les avons placés dans le lyophilisateur!

Le lyophilisateur agit en pompant le maximum d’air d’un contenant hermétique, ce qui permet à l’eau contenue à l’intérieur du spécimen de mieux s’échapper. L’air passe ensuite dans une chambre à très basse température où la vapeur d’eau s’accumule sous forme d’un bloc de glace pouvant être enlevé ultérieurement.

Nous avions oublié quelque chose : l’eau dans lequel se trouvait le spécimen ne s’est pas transformée en un bloc de glace, elle s’est mise à faire des bulles et à bouillir et, lorsque finalement elle a gelé, elle ressemblait à un tas de neige! En effet, quand la pression de l’air a diminué, le point d’ébullition de l’eau a également baissé (cela se produit aussi quand on est en altitude pour les mêmes raisons). La prochaine fois, nous utiliserons un congélateur normal pour stabiliser les spécimens avant de les mettre au lyophilisateur.

Bien que nous ayons eu une peur bleue jusqu’à ce que cette « neige » s’évapore, l’expérience s’est parfaitement terminée. Tous les spécimens sortirent très bien, mais dépourvus des couleurs des animaux vivants. Notre spécialiste des expositions s’efforcera de les leur rendre en les peignant avant de les installer dans nos nouvelles galeries.

Ces délicats spécimens peuvent maintenant être peints pour ressembler davantage à ce qu’ils étaient de leur vivant. Encore quelques essais et ces spécimens pourront finalement faire partie de l’exposition itinérante!

La pièce maîtresse de la nouvelle galerie permanente sur l’eau sera un squelette entièrement articulé de rorqual bleu. Toutefois, l’exposition d’un tel spécimen présente plusieurs difficultés, en plus de celle, évidente, posée par sa taille. Le spécimen que nous préparons n’est pas complet, mais nous ignorons encore quelles sont les pièces manquantes. Il existe une très grande variabilité dans le nombre d’os de la colonne vertébrale et des nageoires. Ce nombre varie selon les baleines. Les techniciens et les chercheurs doivent donc coopérer pour se faire une idée de la façon dont ce squelette doit être monté. Après beaucoup de recherches et de consultations, il a été possible de concevoir un modèle puis de le scanner en trois dimensions. Cette image a été placée dans la galerie dans un rendu en trois dimensions. Les techniciens et les chercheurs ont ensuite tenté de trouver les poses et les emplacements qui conviennent grâce à l’ordinateur. Les techniciens sont actuellement en train de reconstituer les pièces manquantes afin que le squelette puisse être monté et exposé.

A.McDonald

A.McDonald

Clayton Kennedy explique comment il procède.

C’est assez simple. On colle le carton qu’on a au préalable découpé et mis en forme. Une fois que c’est sec, on sculpte et refaçonne avec un couteau aiguisé, puis on couvre de bandelettes de papier trempées dans de la colle APV diluée dans de l’eau. On attend que le modèle sèche puis on le sable et on le peint. C’est une méthode rapide et peu coûteuse préférable à l’utilisation dangereuse et onéreuse des résines.

A.McDonald

A.McDonald

La plupart des squelettes exposés dans les musées comportent des éléments reconstitués qui viennent remplir les vides. Lors d’une prochaine visite, regardez les squelettes de plus près pour détecter les pièces reconstituées.

Pour l’inauguration de la galerie permanente à Ottawa, l’équipe d’éducation envisage l’exposition d’animaux vivants. C’est quelque chose que les gens aiment beaucoup et qui nous permet de tisser des liens durables avec nos visiteurs. Un des animaux auxquels nous pensons est la myxine, un petit poisson fort intéressant et peu connu du grand public. J’ai rendu visite récemment à Douglas Fudge, Ph.D., de l’université de Guelph, en Ontario. L’équipe de M. Fudge s’intéresse à la myxine et à ses techniques originales de défense. Mais avant d’aller plus loin, je veux vous présenter ce poisson. Ce charognard, qui a la forme d’une anguille, fréquente les fonds océaniques, où il se nourrit des cadavres de poissons ou de baleines qui sombrent. Tout comme les lamproies, il appartient à un groupe de poissons sans mâchoires appelé agnates. Étant dépourvue de mâchoires, la myxine a mis au point, au cours de l’évolution, des méthodes singulières pour extraire la viande des carcasses.

Claude Renaud, Ph.D., du Musée canadien de la nature explique:

La capacité des myxines de s’enrouler et de former des nœuds est fascinante. Ce comportement est sans doute apparu pour favoriser la prise de nourriture. Ces animaux possèdent en effet plusieurs rangées de dents mais sont dépourvus de mâchoires; alors comment font-ils pour extraire la chair d’une carcasse de poissons? Ils enfoncent fermement leurs nombreuses dents dans la chair en décomposition; ils s’enroulent ensuite de façon à former un noeud simple tout près de la tête puis le font glisser progressivement vers la queue ce qui permet de déchirer la chair comme s’ils avaient de véritables mâchoires.

Ces longs poissons anguiformes peuvent effectivement s’enrouler de façon à former un noeud. Ce comportement peut avoir une autre utilité. Quand une myxine se sent menacée, elle excrète un mucus tout à fait particulier qui obstrue les branchies du prédateur. Elle agit en moins d’une seconde. Le noeud qu’elle forme lui permet d’enlever le mucus de son propre corps et de prévenir ainsi l’obstruction de ses propres branchies.

Le simple fait de produire une énorme quantité de mucus si rapidement a de quoi surprendre, mais le mucus en soi est encore plus étonnant. Quand j’ai visité son laboratoire, le professeur Fudge m’a montré comment la myxine produisait ce liquide. J j’y ai même touché. Loin d’être visqueux comme je m’y attendait, cela ressemblait plutôt à de l’eau de mer retenue par un genre de toile d’araignée. À mesure que ce mucus libère son eau, il devient de plus en plus fibreux pour finir par ressembler à une toile d’araignée humide et à perdre la majeure partie de son volume. C’était une drôle de sensation que je ne suis pas prête d’oublier!

Je me suis rendue aujourd’hui au module des collections pour voir quel spécimen retenait l’attention des spécialistes. Une heureuse surprise m’y attendait. En effet, j’y découvris Judith Price, la gestionnaire adjointe de la collection d’invertébrés, et Nicole Dupuis, l’élaboratrice du contenu de la Galerie de l’eau, qui avaient disposé des spécimens destinés à être exposés autour du rorqual bleu. Le choix des spécimens qui illustrent le mieux le propos de l’exposition et leur agencement les uns par rapport aux autres dans l’espace disponible constituent une partie importante du travail de conception. Il faut faire de nombreux essais pour en arriver à un résultat satisfaisant. Voici un petit aperçu de ce que vous pourriez bien voir dans la Galerie sous son aspect final.

C.Iburg

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Coronula diadema

Coronule de baleine

CMNPA 1999-0022

Ces crustacés de la taille d’un oeuf ou d’un poing s’abritent sur les rorquals à bosse (on a signalé leur présence également sur les rorquals commun et bleu et sur le grand cachalot), surtout sur les lèvres, les longues rainures de la gorge et les parties génitales.

C.Iburg

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Les coronules commencent leur vie sous forme de larves nageuses et sont capables de « sentir » la proximité d’une baleine lorsqu’elles doivent se fixer. Elles produisent alors des plaques riches en calcium qui entourent leur corps mou (qui a disparu dans ce spécimen). Quand ces plaques se soudent les unes aux autres, cela tire la peau entre les plaques qui sont ainsi en quelque sorte cousues de façon permanente à la baleine. Même si les coronules ne vivent qu’un an ou deux, leurs coquilles demeurent sur l’hôte jusqu’à ce qu’elles soient enlevées d’une façon ou d’une autre.

C.Iburg

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Heureusement, elles ne se fixent qu’en surface de l’épaisse couche de peau et de gras de la baleine. Elles ne lui font aucun mal et profitent simplement des eaux riches en plancton que la baleine recherche.

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